Entre montagne, vignoble et héritage bâti

Poggio d’Oletta

Le village de Poggio-D’Oletta, composé des hameaux de U Poghju Supranu, Olivacce, Monticellu et Campu Gallu dans la plaine, s’étend des versants montagneux jusqu’à  la conque viticole de Conca d’Oru, comprenant une part importante du vignoble de l’appellation Patrimonio.

Présentation

Au cœur du maquis, un village de pierre et de mémoire

Au cœur du village, les bâtisses traditionnelles s’élèvent autour de l’église San Cervone et de l’oratoire Santa Croce, avec en toile de fond les crêtes calcaires emblématiques du Silva Mala et du Sant’Anghjulu. La chapelle romane San Quilicu illustre la richesse du patrimoine bâti, avec ses ruines qui émergent du maquis, non loin des vignes. Le petit patrimoine agricole vernaculaire se manifeste à travers les murets en pierre sèche et plusieurs dizaines de pagliaghji recensés sur le territoire communal.

Un peu d'histoire

U Poghju d’Oletta : un territoire façonné par l’histoire

Des origines néolithiques à la présence romaine

De nombreux vestiges archéologiques (abris de Scaffa Piana) attestent d’une occupation humaine dès le Néolithique Moyen (3400 av. J.-C.), avec des activités agricoles diversifiées : élevage (porcs, moutons), artisanat (vannerie en joncs fossilisés avec restes de grains et de noyaux d’olives, céramiques, outillages)…
De nombreux vestiges semblent également attester d’une présence romaine importante.

U Poghju d’Oletta : un village au fil des siècles

En 595, Grégoire Ier crée l’évêché du Nebbiu. On assiste alors à la construction de nombreuses chapelles, notamment en plaine sur le territoire de la commune de U Poghju d’Oletta à partir du 7ᵉ siècle : San Vittoriu, San Quilicu, San Petru, San Bernardinu, San Ghjuvanni, San Parteu.

Au 9ᵉ siècle, après les incursions sarrasines qui ravagent la région, des lignées seigneuriales venues de Toscane, encouragées par la République de Pise, s’installent dans le Nord-Est de la Corse.
Elles développent des castelli dès les 11ᵉ et 12ᵉ siècles, en s’appuyant sur des familles de notables et de commerçants comme les Bagnaia, et entretiennent jusqu’au 13ᵉ siècle des conflits territoriaux avec les pievi voisines (Ortu, A Marana et Custere).

En 1091, l’évêché du Nebbiu dépend de l’archevêché de Pise. En 1133, le pape Innocent II rattache le diocèse de Nebbiu à Gênes.
De nombreuses chartes attestent de donations de terres et de chapelles sur le territoire au monastère de la Gorgone au 14ᵉ siècle, puis jusqu’au 18ᵉ siècle à la Chartreuse de Calci.
À partir de la Révolution, beaucoup de ces biens sont vendus par la Chartreuse aux familles de notables et propriétaires de la région (familles Piazza, Cardi, Potentini, Gentile…).

À la fin du 17ᵉ siècle, la commune compte environ 200 habitants. La population s’accroît : 290 âmes en 1729, 373 en 1787.
Depuis l’Antiquité, la commune est cultivée en céréales, vignes, oliviers et châtaigniers. L’élevage y tient également une place importante, avec des zones d’estives et un bâti spécifique.
Le bâti lié à la transformation des productions agricoles (moulins, pressoirs, chais) se développe particulièrement au 19ᵉ siècle. Les moulins, alimentés par des cours d’eau abondants, sont nombreux sur la commune.

Au début du 20ᵉ siècle, la vigne se développe au détriment des céréales, qui disparaissent à la fin du 19ᵉ siècle.
La population connaît un fort essor au 19ᵉ siècle (378 habitants en 1806, 540 en 1876), avant un déclin progressif (334 en 1911, 223 en 1946).

(Sources : ISTRIA Daniel, Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse XIème XIVème siècle ; SILVANI Paul, En Corse au temps de Paoli. Albiana ; Mairie de Poggio d’Oletta.)

Un patrimoine rural et religieux d’exception

19e et 20e siècle

Fontaine se trouvant sous une voûte en plein cintre. Sortie d’eau entourée de deux bancs en pierre le long des murs. Cette partie centrale est entourée de deux niches latérales.

Construite en 1666 sur un plan en croix latine – Monument Historique classé
Elle se situe sous le hameau de Olivacce, à quelques mètres de l’église paroissiale San Cervone. Il s’agit du siège de la Confrérie de la Santa Croce vêtue de blanc. On y fêtait la Sainte Croix le 3 mai, la Saint Michel Archange le 29 septembre et la Saint Roch avec bénédiction des troupeaux le 16 août.

11e siècle
L’église San Cervone (évêque de Populonia vers 575) daterait du 11e siècle. Les vestiges de cette époque sont visibles dans le clocher. Ce sanctuaire et ses biens (nombreuses parcelles de terre) dépendirent de la Chartreuse de la Gorgone puis de Calci entre le 14e siècle et la Révolution. Suite au tremblement de terre de 1888, l’église est dégradée. Le comte Piazza, maire de Poggio d’Oletta et conseiller général fait une donation de 25 000 francs qui permet de restaurer et d’agrandir l’église. L’abside du chœur, le maître autel, la balustrade et le baptistère sont créés. Les fresques sont peintes.
(Archives privées, A.D. Corse du Sud série V., A.D. Haute Corse série O., Abbayes primitives et monuments du Haut Moyen Age en Corse, L’église San Cerbone, à Poggio d’Oletta Cahiers Corsica 136-137 G. Moracchini-Mazel)

19e siècle

Galerie d’adduction d’eau d’une trentaine de mètres de longueur, fermée d’une grille. Hauteur de 1m50. Couverte de dalles de schiste. Bassin à la sortie de la galerie. Elle servait à l’alimentation en eau des terres à proximité. On peut noter la présence d’une douzaine de galeries de ce type dans les alentours.

18e siècle

Ce mur est remarquable par sa largeur, environ 1 mètre 50. Il est construit en moellons de schiste. Il s’élève sur environ 2 mètres. Il sépare la propriété de la ferme de Cipette et le chemin qui va vers Saint Florent.

Milieu du 18e siècle

Bief maçonné conduisant l’eau du ruisseau du Guado à la conduite forcée maçonnée haute d’une dizaine de mètres. Le moulin devait être équipé d’une roue horizontale située dans le premier étage de soubassement voûté en anse de panier ; on voit encore quelques éléments en bois (axes…) du mécanisme. La porte d’entrée principale est surmontée d’un arc en anse de panier. Deux autres baies percent cette élévation. A l’intérieur se trouvent les deux meules.

1817

Bief maçonné conduisant l’eau du ruisseau du Guado à un bassin de retenue aménagé en surplomb du moulin et à une conduite forcée maçonnée. Le moulin devait être équipé également d’une roue horizontale située dans le premier étage de soubassement. D’après les archives, le moulin aurait été construit en 1817 par Noël Salicetti pour servir de moulin à blé. Il aurait été converti en 1825 en moulin à huile de ressence (huile de noyaux d’olives utilisée pour l’éclairage) par messieurs Salicetti et Alessandrini. Il sert aujourd’hui de maison d’habitation. (A.D. Corse du Sud, série S)

1798

Bief maçonné conduisant l’eau du ruisseau du Guado à un bassin de retenue aménagé en surplomb du moulin et à une conduite forcée maçonnée de 7 ou 8 mètres de haut. Les murs sont partiellement enduits, on y voit quelques niches qui peuvent avoir servi de ruchers.

Moyen Age

La maison est construite en partie en maçonnerie de cipolin, l’autre en schiste. Certaines pierres sont taillées. Les baies sont surmontées de linteaux monolithiques. A l’intérieur, on voit des niches couvertes de linteaux en pierre. Il reste une partie de la couverture en schiste.

Moyen Age

Situé sur le chemin qui conduit à Bastia aujourd’hui aménagé en « sentier panoramique des balcons », il ne reste que les murs de la maison de l’évêque. Elle est construite en maçonnerie de schiste enduite. Porte d’entrée surmontée d’un double linteau monolithique. Evier en pierre et niches. Appareillage soigné. Il semblerait que cette maison ait été la résidence secondaire des évêques du Nebbiu qui ne pouvaient pas séjourner en été autour de Saint Florent à cause des mauvaises conditions sanitaires (malaria). A côté de la maison se trouvait une chapelle dédiée à Saint Jean mais suivant la tradition orale, l’évêque descendait à la chapelle San Quilicu le dimanche pour y célébrer la messe.

16e ou 17e siècle

Vestiges. Maçonnerie de schiste. Restes d’une arche. Elle aurait abrité Maria Gentile. Le fiancé de Maria Gentile aurait été condamné à être roué devant le couvent d’Oletta en septembre 1769 et son corps exposé. Bravant l’interdiction, Maria Gentile serait allée l’enlever de la roue pour l’inhumer devenant ainsi un symbole, l’Antigone corse.

6e ou 7e siècle

Il ne reste que les vestiges de la chapelle San Vittorio. Elle est composée d’un plan allongé additionné d’une abside semi-circulaire couverte d’une voûte en cul-de-four en petites pierres de calcaire équarries. La chapelle ainsi que les terres très fertiles des alentours étaient gérées par les moines bénédictins de la Gorgone puis par les chartreux de Calci (jusqu’au 18e siècle où ils vendent leurs possessions aux familles de notables de la commune). Elle est indiquée comme annexe de San Cervone. Elle a ensuite servi de remise agricole.

(Corsica Sacra G. Moracchini-Mazel, Abbayes primitives et monuments du Haut Moyen Age en Corse cahiers Corsica 136-137 G. Moracchini-Mazel)

7e siècle

La chapelle San Petru di Mozenzana est composée d’un plan allongé terminé par abside semi-circulaire. La maçonnerie est en pierres équarries et en pierres de taille (arc absidal). Une fenêtre meurtrière perce le mur de l’abside. Elle est surmontée d’une archivolte en calcaire. Sur la voûte de l’abside, on peut voir des restes de fresques polychromes. Une croix ajourée perce le fronton de l’élévation postérieure. Une arase de mur se trouve en alignement de la chapelle.

18e siècle

Située sur le sentier communal (aujourd’hui « Chjassu Maria Gentile ») qui part de la route départementale. Sortie d’eau surmontée d’une voûte en plein cintre. Deux bancs en pierres de chaque côté. Voûte et murs enduits. Lavoir de plan allongé en moellons enduits. Le lavoir date de 1895. Elle a servi aux habitants du hameau de Olivacce jusque dans les années 1970.

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