Un Héritage emblématique
De la Préhistoire à nos jours, l’occupation humaine a laissé de nombreuses traces, notamment à travers les constructions. Le bâti reflète une chronologique architecturale, qu’elle soit monumentale ou vernaculaire. On retrouve des bâtiments datant du Moyen Âge jusqu’aux périodes Moderne et Contemporaine. Au-delà de laisser des témoignages ponctuels de son passage, il faut souligner que l’Homme a façonné le territoire tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Dorénavant, cet héritage emblématique doit être protégé, préservé et rénové lorsque cela est nécessaire. Chacune des six communes du Grand Site de France possède un patrimoine bâti riche et varié. Composé d’édifices religieux, militaires, agricoles ou encore d’habitations, cet ensemble architectural permet de retracer à la fois l’histoire locale et celle de la Corse. Il est désormais essentiel de le protéger et de le mettre en valeur, afin de le transmettre aux générations futures.
PATRIMOINE RELIGIEUX
Entre foi et paysage
Eglises, chapelles, couvents – autant de bâtiments religieux qui marquent le territoire par leur style, hérité des courants roman et baroque. Au-delà de leur valeur spirituelle, ils constituent des repères visuels dans le paysage :
Leur silhouette familière ponctue les villages, structure la toponymie des lieux, à l’image de l’église San Martinu de Patrimonio perceptible comme un phare au sein de la conque viticole. D’autres édifices, plus discrets, comme la chapelle Saint Quilicu ou le couvent de Marianda à Farinole, dissimulés dans la végétation, sont tout aussi remarquables et font également écho à l’histoire collective du territoire.
De ce fait l’ancienne cathédrale du Nebbiu, située à Saint -Florent, est par exemple un des plus beaux témoignages de bâti roman corse. L’art baroque se remarque surtout dans la décoration intérieure des édifices religieux, comme en témoignent les très belles fresques de l’église Sant-Andria d’Oletta.
De nombreux édifices religieux sont classés Monuments Historiques sur le territoire :
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAN MARTINU - PATRIMONIO
Construite en 1575 sur le hameau de Cardetu, elle contient des œuvres et pièces issues des églises des villages environnants (Barbaggio, St Florent ou Farinole) récupérées et sauvegardées par les habitants lors de diverses guerres. La cloche est récupérée au couvent St François de Marianda (1606) à Farinole. Tous les ans est célébrée le 11 novembre la fête de la San Martinu, saint patron de la commune. Cette fête religieuse et tournée vers le partage rassemble plusieurs milliers de personnes. + d’infos sur les fêtes et traditions du GSF. Un cortège composé de confréries de toute la Corse se forme. Bénis par San Martinu, les vins de l’ensemble des vignerons de l’AOP Patrimonio sont mis à l’honneur et dégustés. C’est une des occasions pour venir découvrir le vignoble et ses habitants.
© Andreani Christian ; Machline Sarah, “église paroissiale Saint-Martin dite San Martinu,” Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses
LA CHAPELLE DE CONFRERIE SANTA CROCE - POGGIO D’OLETTA
Construite en 1666 sur un plan en croix latine, elle se situe sous le hameau de Olivacce, à quelques mètres de l’église paroissiale San Cervone.
CHAPELLE SAN QUILICU – POGGIO D’OLETTA
Construite au XIe siècle non loin des hameaux de Brietta et de Casatico, sur la plaine de Poggio d’Oletta.
L’édifice présente un plan allongé formé d’une nef et terminé par un chevet semi-circulaire. Il ne reste que les murs de la nef et de l’abside. La porte d’entrée principale est couronnée par un arc appareillé encadrant un tympan nu. La mairie de Poggio d’Oletta possède une pierre ornée d’un pélican christique sculpté dans la même pierre (cipolin) que la chapelle. Cette sculpture servait peut-être d’ornementation à la chapelle. Elle aurait été trouvée aux abords de la chapelle.
© Andreani Christian ; Machline Sarah, “chapelle Saint-Cyr dite San Quilicu,” Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses
EGLISE SANTA MARIA ASSUNTA – SAINT-FLORENT
L’ancienne cathédrale du Nebbiu (évêché de Nebbiu avant 1789) est aussi connue sous le vocable d’église Santa Maria Assunta. Elle se trouve à la limite de Saint-Florent, le long de la route qui remonte vers Poggio d’Oletta par la Strette di u Poghju. C’est un magnifique édifice médiéval en calcaire bien restauré et qui sert encore parfois de lieu de culte. La date de sa construction est incertaine, au XIIe siècle entre 1125 et 1140.
La cathédrale renferme notamment les reliques de Saint Flor, soldat romain martyrisé au IIIe siècle. Depuis le XVIIIe siècle, la relique du saint qui avait été donnée à l’évêque de Nebbiu par Rome, est fêtée tous les trois ans, le lundi de Pentecôte.
ANCIEN COUVENT SAN FRANCESCU ET SA CHAPELLE
Composé de vingt-cinq cellules, il abritait 18 frères dont 3 prêtres et quelques clercs. Les chroniques racontent que déjà au XVe siècle le prêtre y célébrait l’office avec deux pistolets sur l’hôtel pour tempérer les fidèles. Durant la lutte pour l’indépendance de l’île, les frères parcouraient la campagne à cheval pour rameuter les foules à la cause nationale.
En 1768, les Français débarquent à Saint-Florent et s’emparent d’Oletta. En 1769, ils établissent leur quartier général dans le couvent.
De là partira leur offensive contre les troupes de Paoli qui trouvera son épilogue le 8 mai 1769 à Ponte-Novu.
La chapelle dont la construction remonte à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, est protégée et classée Monument historique par arrêté du 29 novembre 1974.
PATRIMOINE MILITAIRE
une mémoire gravée dans le paysage
Le patrimoine militaire est également en nombre sur le territoire du Grand Site de France. La présence de tours du littoral, d’une citadelle et de casemates révèle des points de vue stratégiques sur le territoire.
Témoignages d’époques plus instables, ces constructions défensives rappellent les grandes périodes d’insécurité, qu’il s’agisse de la période des invasions barbares, l’ère paoline ou plus récemment la Seconde Guerre mondiale.
La citadelle de Saint-Florent et la tour du littoral de Farinole sont deux exemples emblématiques sur notre territoire de la période génoise. L’ensemble des tours du littoral ont été bâties entre 1530 et 1620 pour la protection des places fortes de l’île : les citadelles, comme celle de Saint-Florent. En 1630, la Corse compte 120 tours ; aujourd’hui, il en reste 92 sur l’ensemble du territoire corse, dont celle de Farinole. Les tours génoises ont été construites par la République de Gênes comme moyen de défense de l’île contre la piraterie barbaresque.
Plus récemment, le territoire présente aussi des bâtiments hérités de la Seconde Guerre mondiale : les casemates, dont la plus remarquable – car restaurée – est la casemate de Barbaggio, au niveau du col de Teghime. Ce col, lieu stratégique d’un point de vue militaire, avait déjà été identifié comme tel lorsqu’en 1920 la Marine française y installe un point relais de radio entre la Corse et Nice. En 1935, à l’approche du conflit mondial, le site est renforcé militairement. Bastia étant la dernière ville de l’île occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés décident de récupérer la ville par le col de Teghime. On y installe alors une dizaine de casemates, aujourd’hui dissimulées dans la végétation.
LA CITADELLE DE SAINT-FLORENT
Édifiée par le doge de Gênes Giano I di Campofregoso, la citadelle est développée et améliorée plusieurs fois, que ce soit par les Génois au XVIe siècle, en 1553 par le général Paul de La Barthe de Thermes ou au XVIIIe siècle lorsque la ville consolide ses fortifications. La citadelle est transformée de nouveau à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle a conservé une poudrière du 18e siècle, une ancienne chapelle du 17e siècle, des prisons du 19e siècle et le donjon (torrione) du 15e-16e siècle qui commandait l’anse du port. C’est de ce fortin qu’en 1795 Pascal Paoli quitta la Corse pour son exil définitif en Angleterre.
TOUR DE FARINOLE
Edifiée en 1562 grâce à l’impôt, cette tour génoise, dont la propriété a récemment été acquise par la commune, servait à prévenir les habitants des dangers. On y allumait des feux pour donner l’alerte. Elle est visible des Tours de la Mortella, de Negro et d’Ogliastro. (Carte marine ancienne – Carte de l’Isle de CORSE de 1756).
Elle a été en service jusqu’à la fin du 18e siècle et disposait de deux soldats et d’un chef de tour. C’est une tour circulaire à l’appareil de calcaire et relève de la typologie classique : trois niveaux (base aveugle, étage percé d’une porte et de baies, terrasse couronnée de mâchicoulis). La brèche côté ouest résulte d’une tentative de percement de porte à la base. Côté mer, les mâchicoulis se sont effondrés.
Au pied de la Tour, on trouve les « Magazini » qui servaient de dépôts de marchandises (céréales, animaux, etc..) que les habitants transportaient de la plaine du Nebbiu/Agriate par bateaux (du golfe de St Florent à la Marine de Farinole).
A côté de la Tour qui le défendait également, un chantier de construction navale « U Scalu Vecchju », a permis la réalisation entre janvier et mars 1762 d’une demi-galère et à la fin de cette année 1762, du felucone « Il Terrore » navire de la flotte paoline.
© Andreani Christian ; Machline Sarah, “entrepôts dits magazini,” Médiathèque Culturelle de la Corse et des Corses
PATRIMOINE AGRICOLE
Un héritage profondément enraciné
Aujourd’hui en plein essor, la culture de la vigne constitue de loin l’activité agricole dominante du territoire. La Conca d’Oru possède un héritage agricole profondément enraciné, remontant à l’Antiquité.
. La transition progressive d’une agriculture agraire à une spécialisation viticole s’amorce au début XXème siècle. On retrouve ainsi, disséminés au sein des parcelles agricoles, des pagliaghji et casette qui se fondent dans le paysage de par leurs formes et matériaux de construction. Ce petit bâti agricole atteste de la présence passée de parcelles agricoles céréalières (blé), de vergers (châtaignes, figues, cédrats) et d’oliveraies.
Ces éléments du patrimoine vernaculaire font désormais partie intégrante du paysage, et leur préservation apparaît comme essentielle. En 2023, le Syndicat Mixte du Grand Site de France s’est fixé pour objectif de recenser le patrimoine agricole bâti présent sur le territoire. Avec le soutien d’étudiants en architecture de l’université de Montpellier, plus de 250 édifices agricoles ont pu être inventoriés.
Ce travail a ensuite permis de lancer l’ « Opération Pierres Sèches », visant à restaurer certains éléments du patrimoine rural dégradés par le temps. C’est dans ce cadre que la restauration de deux pagliaghji a pu être réalisée sur le territoire.
Édifices agricoles présents sur le Grand Site :
- Murets de pierres sèches : Les murets de pierres sèches s’observent ponctuellement au sein du parcellaire en place. Ils constituent l’architecture d’anciennes pâtures aujourd’hui peu exploitées ou nouvellement utilisées pour de l’hébergement de plein air. Ces constructions participent à la dimension patrimoniale du paysage. Elles sont les témoins d’une histoire ancienne où l’agriculture a toujours été présente.
- Les moulins : Situés au niveau des communes, notamment dans les caves des maisons ou proches des ruisseaux, les moulins, qu’ils soient actionnés par des animaux ou par la force de l’eau, témoignent de la fabrication passée d’huile d’olive, de farines de céréales et de châtaignes.
- Les Casette : Une « Casetta » est une cabane servant de remise pour les outils ou un abri temporaire selon les conditions météorologiques qui peuvent se présenter.
- Les fontaines : Les fontaines jouaient un rôle important dans la vie des villages avant les années 50. Elles permettaient en effet aux habitants de se fournir en eau potable.
- Les aires de battage ou Aghje : Dédiées à la séparation du grain et de la paille par battage, leur présence témoigne d’une culture céréalière passée importante. On les trouvait à proximité des champs. Aujourd’hui, elles sont parfois cachées par une végétation dense ou bien visibles dans le vignoble.
- Les paillers ou pagliaghji : Un « pagliaghju » est un bâti de petite taille qui servait à la fois de remise agricole pour stocker la paille et d’abri pour les bergers et leurs animaux en transhumance. Il constitue le bâti agricole le plus présent sur le territoire du Grand Site. De manière générale, ils datent de la fin du 18e siècle, début 19e. Le territoire était jadis la quatrième région de production de foins et de céréales. Le pailler est construit à partir de matériaux trouvés sur place. Les murs sont en pierres sèches et la toiture est réalisée avec une couche de terre battue souvent naturellement végétalisée, ou avec de la lauze de schiste pour la rendre imperméable. Sur le Grand Site aujourd’hui nous dénombrons plus de 80 pagliaghji répertoriés.






PATRIMOINE MARITIME
Quand le voyage façonne la pierre
Au-delà des grands mouvements artistiques et historiques, ce sont aussi les idéaux sociétaux et locaux qui ont façonné le paysage, en y laissant les empreintes des usages et traditions d’une société aujourd’hui révolue.
Parmi ces témoins du passé figurent les maisons dites « d’Américains », ou palazzi, construites par les familles revenues d’Amérique à la fin du XIXe siècle, ainsi que les caveaux monumentaux, typiques de la région. Les plus beaux exemples de cette époque se trouvent à Farinole. L’un des édifices les plus emblématiques est visible depuis la route reliant le hameau de Bracolacce à la marine de Farinole. Il appartenait à la famille Cesari, l’une des plus influentes du village. Possédant de vastes terres dans l’Agriate — autrefois cultivées en blé par les Farinolais, qui transportaient les récoltes par bateau jusqu’à la marine —, cette famille s’est également enrichie aux Amériques à la fin du XIXe siècle. C’est probablement à leur retour qu’ils firent bâtir cette demeure ainsi qu’une chapelle funéraire attenante.
Certaines infrastructures héritées du passé ont quant à elles évolué au fil du temps, s’adaptant aux usages contemporains. C’est notamment le cas du port de Saint-Florent, qui trouve ses origines dans un ancien port antique ayant joué un rôle central dans le commerce maritime du bassin méditerranéen, favorisant l’ouverture de la Corse sur le monde.
Du commerce maritime à la plaisance
Bien avant la création du port moderne, de nombreux bateaux partaient déjà des côtes de la Conca d’Oru pour exporter les productions agricoles du territoire. Un exemple original de cette relation entre le vin et la mer est celui des « vini navigati » : les vins étaient embarqués sur des voiliers depuis Saint-Florent, puis débarqués à Erbalunga (près de Bastia) pour y être goûtés. Si le vin avait bien supporté le voyage maritime, il était ensuite expédié jusqu’à Gênes. Il en allait de même pour d’autres denrées agricoles comme les céréales ou les fruits, particulièrement à l’époque génoise, lorsque la Corse était considérée comme le grenier de la République de Gênes.
Aujourd’hui, Saint-Florent, seul village du territoire situé en bord de mer, abrite un port de plaisance devenu un véritable pôle touristique et économique. Avec environ 960 anneaux, il est désormais le plus grand port de plaisance de Corse. Réputé pour ses activités balnéaires, il s’inscrit aussi dans une dynamique d’innovation environnementale. En 2019, le port a obtenu le label Pavillon Bleu, récompensant sa gestion durable. Il accueille également une nurserie à poissons, appelée Biohut, participant ainsi à la régénération de la biodiversité marine.
PATRIMOINE INDUSTRIEL
Quand la montagne forgeait le canon
Des traces de la Révolution industrielle sont encore visibles sur le territoire du Grand Site de France, notamment à travers la mine de magnétite d’A Ferrera, située à Farinole.
Cette exploitation minière remonterait à environ 1450, sous l’impulsion des Génois, et aurait fonctionné jusqu’au XVIIe siècle. À l’époque, la roche extrêmement dure était d’abord extraite par la technique du feu, avant que l’usage de la poudre noire ne soit introduit dès 1623 — l’une des premières utilisations documentées de cet explosif en Europe pour un usage minier. Le minerai servait alors à la fabrication de boulets de canon, et un petit bâtiment avait été édifié sur place par les Génois.
La mine connaîtra un second souffle en 1848, lors de sa réouverture pour alimenter les hauts fourneaux de Toga à Bastia. À cette période, de nouveaux aménagements furent réalisés, notamment la construction d’une poudrière et l’ouverture d’une galerie de roulage, permettant l’extraction du minerai à l’aide de wagonnets. Le site sera finalement abandonné au début du XXe siècle.