Oletta
Présentation
Oletta, village de pierre et de lumière
Le patrimoine bâti reflète un passé dense, à travers ses maisons de maître ou bien les vestiges grandioses du couvent San Francescu. Le village d’Oletta s’inscrit dans un paysage mêlant cultures d’oliviers, de châtaigniers et de vignes. Son charme a attiré de tout temps de nombreuses familles notables dont les maisons cossues témoignent d’une image prestigieuse conférée à Oletta. Construit en amphithéâtre, le village historique domine la plaine d’Oletta, en périphérie du Grand Site, qui a vu se développer de nouveaux hameaux, accompagnés de services et d’équipements.
Un peu d'histoire
Oletta : du berceau antique à la mémoire d’une révolte
Des origines antiques à la prospérité médiévale
Si l’on en croit Ptolémée, il y avait déjà une activité humaine à Oletta dans l’Antiquité.
Au Moyen Âge, Oletta se trouvait au centre d’une piève et prospérait grâce à sa proximité avec des mines d’argent exploitées.
L’actuelle église paroissiale Sant’Andria a été bâtie à l’emplacement de l’ancienne église romane piévane, dont elle a conservé quelques éléments sur sa façade.
Oletta à travers les siècles : de la révolte à la renaissance
Un territoire habité et vivant aux Temps modernes
Durant les Temps modernes, au XVIe siècle, vers 1520, la piève d’Oletta comptait environ 1 000 habitants. Les lieux habités à l’époque avaient pour nom : Oletta, Le Romanacce, A Leccia, U Salicetu, U Cermolacce, Boccheciampe, U Muntaghjò, E Paganacce, U Monticellu, Olivacce, U Poghju, Costa, Gregogna, Casalicu, Brietta.
La Grande Révolte des Corses (1729–1769)
Oletta joua ensuite un rôle important dans la Grande Révolte des Corses (1729–1769).
Au XVIIIe siècle, durant la période comprise entre 1729 et 1769, qui vit les troupes de plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Angleterre, Espagne, Gênes, Sardaigne) intervenir en Corse, Oletta fut le théâtre d’événements politiques et militaires. Nombre de ses habitants prirent une part active dans le conflit opposant les Corses aux Génois. Dès les premières heures, aux côtés de nombreuses autres communautés de l’île, ils entrèrent en lutte armée contre l’occupant.
La Stamperia della Verità : un haut lieu intellectuel
En 1755, la consulte de Casabianca confie le généralat à Pascal Paoli.
En 1758, celui-ci crée, au couvent San Francescu, la Stamperia della Verità, où sont imprimés des textes philosophiques, théologiques et politiques, dont La Giustificazione della Rivoluzione di Corsica de l’abbé Don Gregorio Salvini, ainsi que la gazette officielle à partir de 1764.
La conspiration d’Oletta (1769)
En 1768, avec la cession de la Corse par les Génois, l’île passe sous administration française.
Paoli fait appel à l’abbé Saliceti, dit Peverinu, originaire d’Oletta, pour organiser une insurrection visant à contenir les troupes françaises à Saint-Florent.
Le complot, préparé avec la complicité de notables du village (Bernardu Leccia, D. Cermolacce, frères Guidoni), devait se dérouler dans la nuit du 13 au 14 février 1769.
Mais trahis, les conspirateurs furent arrêtés, torturés et condamnés à mort.
Maria Gentile, l’« Antigone corse »
Refusant d’accepter l’humiliation infligée aux suppliciés, Maria Gentile, jeune femme d’Oletta, détacha de nuit le corps de son fiancé Don-Petru Leccia pour lui offrir une sépulture chrétienne dans l’église Saint-François.
Découverte, elle se livra au comte de Vaux, commandant des troupes françaises, qui, admiratif de son courage, décida de la gracier.
Cet épisode marquant inscrivit pour toujours Oletta dans la mémoire de la résistance corse.
L’offensive française et la fin d’un cycle
Les troupes françaises installèrent leur quartier général au couvent Saint-François, d’où partit l’offensive décisive contre les troupes de Paoli, se soldant par la bataille de Ponte-Novu le 8 mai 1769.
Une reconversion agricole et industrielle au XIXᵉ siècle
Au cours du XIXe siècle, plus précisément en 1871, François Piazza, maire de la commune d’Oletta et conseiller général du canton, s’associe à M. Meynard, sériciculteur vauclusien, pour créer, au lieu-dit Campellu, une magnanerie et un centre de grainage cellulaire, conformément aux directives de Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau et de Louis Pasteur.
L’incubation se fait à la magnanerie, et les larves, au sortir de l’œuf, sont réparties entre les familles disposant de locaux offrant aux vers, dès le mois de mai, la température constante et sèche indispensable à leur développement.
En 1900, on compte 84 élevages domestiques dans le village, produisant près de 3 000 kilos de cocons.
Le centre de grainage d’Oletta pouvait ainsi livrer à la France, à l’Italie et à la Syrie une importante quantité de graines soigneusement sélectionnées.
(Sources : ISTRIA Daniel, Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse XIème XIVème siècle ; SILVANI Paul, En Corse au temps de Paoli. Albiana ; Mairie d’Oletta.)
Un patrimoine rural et religieux d’exception
Eglise Sant’Andria
La construction de l’église San Andria, telle qu’on la connaît aujourd’hui, débute en 1777. Elle réemploie des pierres vertes issues de la démolition de l’ancien édifice roman.
La façade principale s’ouvre par une porte encadrée de deux niches concaves, comprises entre deux contreforts. Au-dessus de la porte, intégré dans la maçonnerie, se trouve un tympan semi-circulaire orné d’une sculpture en bas-relief provenant d’Italie. Ce premier niveau est surmonté d’un fronton triangulaire coiffé de deux tours-clochers.
L’intérieur de l’église comprend une nef unique flanquée de chapelles latérales. L’ensemble présente un décor baroque : le plafond et le chœur sont ornés de fresques. Sur la fresque du plafond, au niveau du dôme, on distingue les quatre évangélistes : Matthieu, représenté avec un ange ; Marc, symbolisé par un lion ; Luc, par un taureau ; et Jean, sous la forme d’un aigle.
L’église d’Oletta est consacrée à Saint André, comme l’atteste le triptyque en panneaux de bois peint exposé dans l’une des chapelles latérales. On y reconnaît la Vierge à l’Enfant entourée de saint André et sainte Reparate. Cette œuvre, peinte par un maître italien au premier quart du XVIᵉ siècle, témoigne de l’influence artistique de la péninsule sur la Corse à cette époque.
Deux autres tableaux, d’une grande importance historique et symbolique pour le village d’Oletta, sont également conservés dans l’église :
- À gauche en entrant dans l’église : Sainte Cécile jouant de l’orgue, peinture à l’huile du XVIIIᵉ siècle. Sainte Cécile, patronne des musiciens, est représentée devant un orgue, accompagnée d’une aiguière et d’un livre de partitions posés sur une petite table recouverte d’un tapis rouge. Dans l’angle supérieur droit, deux chérubins apparaissent dans les nuées. Cette œuvre est inscrite à l’inventaire des Monuments historiques au titre du mobilier.
- À droite en entrant dans l’église : La Vierge Marie. Ce tableau provenait autrefois de la maison du notable témoin du miracle de Notre-Dame de la Pitié d’Oletta, survenu dans le hameau de Romanacce, situé sur les hauteurs du village. Ce tableau a une grande résonance pour les habitants du village. La tradition rapporte que, le Vendredi saint 15 avril 1734, la Vierge Marie se serait manifestée miraculeusement dans une petite maison composée de deux pièces. Michele Giovan Bartolo, homme pieux, et son épouse Maria vivaient là. Celle-ci passait de longues heures en prière devant l’image de la Mère secourable, peinte sur un mur blanchi à la chaux. Alors qu’elle cuisinait, Maria entendit une voix insistante l’alerter. Dans la pièce voisine, son enfant dormait dans son berceau, tout près de l’âtre où brûlait le feu. Saisie d’effroi, la jeune mère accourut : une bûche avait roulé, mettant le berceau en flammes. Tombant à genoux devant l’image de la Vierge, Maria vit celle-ci verser d’abondantes larmes. Levée sur la pointe des pieds, elle posa un doigt tremblant sur le menton humide de l’icône : l’empreinte digitale s’y fixa et demeure encore visible aujourd’hui. La Vierge aurait pleuré durant deux mois.
Ancien Couvent Saint François et sa chapelle - Monument Historique Inscrit – 1390
Composé de vingt-cinq cellules, il abritait 18 frères dont 3 prêtres et quelques clercs. Durant la lutte pour l’indépendance de l’île, les frères parcouraient la campagne à cheval pour rameuter les foules à la cause nationale.
En 1768, les Français débarquent à Saint-Florent et s’emparent d’Oletta. En 1769, ils établissent leur quartier général dans le couvent. De là partira leur offensive contre les troupes de Paoli qui trouvera son épilogue le 8 mai 1769 à Ponte-Novu.
- Insolite : Les chroniques racontent que déjà au XVe siècle, le prêtre y célébrait l’office avec deux pistolets sur l’autel pour tempérer les fidèles.
- Le saviez-vous : La chapelle dont la construction remonte à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, est protégée et inscrite au répertoire des Monuments historiques par arrêté du 29 novembre 1974.
- Pour situer le lieu : à environ 2 km du village d’Oletta, sur la route D82 vers Saint‑Florent.
Le poste d’observation dit fort de Montemagni - Moyen Age – 11e ou 12e siècle
Situé sur un petit mont, le Castello Montemagni occupe une position stratégique. Il permet de surveiller le Golfe de Saint Florent, le col de Bigorno, le col Sant’Antonio et l’ensemble du Nebbiu et de la Conca d’Oru. Il ne reste que les vestiges du site médiéval mais on peut voir encore de grands murs de soutènement qui formaient peut-être une enceinte. Les murs sont en moellons de cipolin maçonnés avec un mortier qui a résisté au temps. En haut de l’élévation, on peut distinguer les bases d’une tour de plan carré, d’environ 5 mètres de large.
Cet édifice fortifié faisait partie d’une série d’ouvrages fortifiés occupés notamment par les seigneurs Cortinchi au 13e siècle. On peut l’apparenter à la tour de la Tozza à Patrimonio.
La chapelle de confrérie Sainte-Croix dite Santa Croce - Musée d’art sacré d’Oletta 1730
Chapelle de plan allongé à chevet plat formé d’une nef unique. Cette confrérie existait déjà en 1607.
La chapelle funéraire de la famille Rivarola - 19e siècle
Elle a appartenu à la famille Rivarola, famille de notables originaire de Gênes. Cette famille s’est ralliée à Pascal Paoli notamment Antoine Rivarola et sa sœur la Monaca qui était aussi la Mère Supérieure du couvent des Ursulines à Bastia. Ils étaient tous deux des informateurs importants et jouèrent un rôle politique notable.
La maison de notable de la famille de Morlas dit hôtel U Palazzu Serenu - 17e siècle
Maison figurant sur le cadastre napoléonien dressé en 1846, elle daterait du 17e siècle, mais elle a été complètement remaniée au 19e siècle. Maison ayant appartenu à la famille De Morlas, famille de notables de Bastia. Actuellement transformée en hôtel. (Petit journal d’Oletta)
La maison de notable dite Palazzu Piazza-Alessandrini - 1ère moitié du 19e siècle
La maison figure sur le cadastre napoléonien, elle peut dater de la 1ère moitié du 19e siècle. La façade a été unifiée par l’architecte Adolphe Peretti (architecte de la ville de Bastia) au début du 20e siècle. La famille Piazza-Alessandrini s’est illustrée dans l’armée et dans l’administration. François Marie Piazza introduit l’industrie du ver à soie à Oletta à la fin du 19e siècle. (Petit journal d’Oletta). Des livraisons se réalisaient dans plusieurs pays
La maison de notable du miracle de Notre Dame de la Pitié d’Oletta - 17e 18e siècle
Dans cette maison eut lieu le 15 avril 1734 le miracle d’Oletta. Un tableau italien du 15e siècle représentant la Vierge (actuellement dans l’église Saint André), aurait averti l’habitante que son fils était en train de brûler, puis pleura pour soulager l’enfant.