Porte d'entrée du Grand Site

Barbaggio

À flanc de montagne, le village de Barbaggio se dévoile en descendant du col de Teghime, porte d’entrée du Grand Site depuis Bastia.

Présentation

l’âme d’un village corse

Les hameaux étagés de Piazze, Poggio et Gorgaccia composent, avec l’église San Marcellu, le cœur du village. Théâtre d’affrontements décisifs lors de la libération de la Corse, ce territoire mêle patrimoine historique, paysages de nature et traditions agricoles. Des sentiers de randonnée révèlent toute la beauté de cette commune et un belvédère aménagé sur la RD38 offre une vue imprenable sur la conque viticole et le golfe de Saint-Florent.

Un peu d'histoire

Aux origines de Barbaggio, cœur historique du Nebbiu

La commune de Barbaggio est occupée par l’homme depuis la préhistoire, comme en témoignent diverses découvertes archéologiques.

Telle que l’imposante dalle à cupules dénommée « U Tavulinu di u Vescu » — la table de l’évêque — qui avait vraisemblablement une fonction cultuelle. Il s’agit de trous creusés à même la roche, parfois prolongés par des rigoles. Elle fut mise au jour au lieu-dit Pelosella, au pied du mont Sant’Anghjulu.

Barbaggio, témoin de l’histoire de la Conca d’Oru

À l’époque médiévale, dans l’évêché du Nebbiu, la chapelle San Petru (XIᵉ siècle) se trouve au cœur du territoire de l’ancienne pieve de Patrimonio, dont elle constituait d’ailleurs l’église principale. À 200 mètres de là se trouvait un village protohistorique, que l’on peut supposer avoir été habité jusqu’au Moyen Âge. À son emplacement se dresse aujourd’hui une ruine de maison-tour (A Torra). Sur ces terres, on cultivait notamment le cédrat sur des restanques.

Au XIIIᵉ siècle, la région est dominée par les seigneurs Loreto du Nebbiu, puis par les Bagnaia, fidèles à la commune de Pise, et enfin, au XIVᵉ siècle, par les Cortinchi. Ces seigneurs possédaient une douzaine de tours réparties entre le Nebbiu, la Conca d’Oru et les contreforts de la Serra di Pigno, dominant Bastia.

À l’époque génoise, dès le XIVᵉ siècle, la région constitue une étape importante pour rejoindre, depuis Bastia, le préside de Calvi.

La guerre de conquête française, au début du XVIIIᵉ siècle, a particulièrement marqué la Conca d’Oru. Les nombreux combats entre Patrimonio et Barbaggio en témoignent. Les représailles sanglantes furent également à l’origine de la destruction de plusieurs maisons. Dès le 15 mai 1769, Marbeuf fait occuper Barbaggio et Patrimonio afin que les troupes du roi « eussent une communication libre entre Bastia et Saint-Florent ».

Au début du XIXᵉ siècle, on assiste au développement des routes impériales. Dans la Conca d’Oru, une route de charroi relie Bastia à Saint-Florent en passant par le col de Teghime. Elle descend ensuite vers la plaine en serpentant sous les trois hameaux principaux de Barbaggio : Piazze, Poggio et Gorgaccia.

Cette route, qui mène à Saint-Florent en passant par Barbaggio, devient, dès le XIXᵉ siècle, un axe touristique très prisé, abondamment documenté par des peintres, dessinateurs et pionniers de la photographie.

Avec l’histoire tourmentée et les guerres, les vicissitudes d’une économie de subsistance s’imposent jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle. Puis, avec le retour de la paix, une nouvelle dynamique économique émerge : la viticulture se développe dans la Conca d’Oru, au détriment des cultures plus anciennes comme les céréales. On voit alors apparaître dans la région des domaines et de grandes propriétés.

Lors de la seconde guerre mondiale, la commune de Barbaggio fut le théâtre d’une bataille historique pour la libération de la Corse.

 (Sources : SIMI Pierre. Les aspects régionaux de la Corse: le Nebbio. In: Revue de géographie alpine. 1957, Tome 45 N°4. pp. 711-762. ; « La piévanie de Patrimonio » cahiers Corsica 180 . Bastia 1998 ; SCALFATI Silvio P.P, Le fragment d’un cartulaire médiéval de l’évêché corse de Nebbio. In mélanges de l’école française de Rome. Moyen Age, Temps modernes T.105.n°2.1993 pp 605-627 ; ISTRIA Daniel. Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse XIème XIVème siècle ; SILVANI Paul, En Corse au temps de Paoli. Albiana ; Mairie de Barbaggio.)

Barbaggio, mémoire de pierres et de vignes

Le monument aux morts du Col de Teghime célèbre la mémoire de la bataille éponyme qui a vu durant trois jours de combat acharné, souvent au corps à corps, tomber 49 soldats (les goumiers du 2° GTM) le 03 octobre 1943.
Le 4 octobre 1943, la Corse est le premier département français à être libéré.

En 1686, l’église San Marcellu possédait une confrérie de femmes du Saint Rosaire et un Oratoire Sainte-Croix auquel est annexée une confrérie vêtue de blanc. On y trouve le tableau « Saint-Jérôme dans le désert », vraisemblablement issu de l’ancienne collection Fesch et classé monument historique au titre d’objet.
Dans la sacristie, on peut voir trois dalles funéraires jointes (deux en schiste avec inscriptions, une en marbre avec un motif de tête de mort) sous lesquelles serait enterré un évêque du Nebbiu (selon la tradition orale). Sur la dalle centrale, on peut lire la date MDLXXII (1572). Selon G. Moracchini-Mazel, certaines de ces dalles proviendraient de la citadelle de Saint-Florent.

À l’ouest de l’église, vous pourrez découvrir un beau petit cimetière.

Le moulin se trouve au bord du ruisseau de Quarcetto, il est construit en moellons de schiste grossièrement équarries. On entre par une ouverture surmontée à l’origine de deux linteaux monolithiques, l’un, à l’intérieur, est toujours en place, l’autre gît à l’intérieur. Le rez-de-chaussée est couvert par une voûte en tas de charge dans laquelle sont fichées 3 poutres en bois. On y observe une ouverture zénithale recouverte d’une lauze, il y a aussi une petite baie sans menuiserie donnant sur la rivière. Il reste une meule de calcaire (environ 120 cm de diamètre et 15 cm d’épaisseur).

À l’étage inférieur, s’ouvre sur le mur côté rivière une voûte en plein cintre crépie à la chaux : c’est la salle des roues horizontales. On remarque dans celle-ci deux trous d’axes faisant penser qu’il y avait sûrement deux meules au-dessus, une pour le blé, l’autre pour les châtaignes. Au fond de la pièce, on voit l’arrivée de la conduite forcée qui devait rejoindre le bief de dérivation qui se trouve plus haut.

L’édifice est un exemple type de ʺpagliaghjuʺ, petite remise agricole caractéristique de la région. Il se trouve sur un vignoble, au milieu du terrain. Il se compose d’un plan rectangulaire. La maçonnerie est en moellons de schiste et de calcaire. L’intérieur est couvert par une voûte en tas de charge sur laquelle se trouve de la terre et de la végétation. Sur l’élévation antérieure, on trouve une porte légèrement décentrée et une petite niche.

Il pouvait servir de remise agricole. Un recensement du patrimoine industriel effectué en 1991 en compte 88 sur la commune.

L’église San Petru domine le chemin muletier qui mène de Barbaggio à la plaine. L’édifice présente un plan rectangulaire à abside semi-circulaire. Cette église présente des styles de maçonnerie très diverses, permettant de voir que les différentes phases de constructions se sont étalées sur plusieurs siècles. Elle était à l’origine une église baptismale, principalis de toute l’ancienne pieve de Patrimonio, En 1359, elle portait le nom de la plebania de Patrimonio.

Des fouilles archéologiques menées par l’INRAP en 2019 ont permis de mettre au jour une fosse de coulée de cloche en forme d’ampoule et des fragments de moule en terre cuite. C’était un système de double moule avec une réserve dans lequel on coule le métal en fusion. Puis l’on devait casser le moule en terre cuite pour sortir la cloche. Trouver une structure artisanale de fabrication est un fait unique en Corse.

Si le site du col de Teghime offre aujourd’hui un panorama incroyable sur le paysage, il en allait déjà de même pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1920, la Marine française y installe un poste relais radio entre la Corse et Nice : c’est le début de l’armement de ce territoire, déjà perçu comme un lieu stratégique.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Corse est d’abord occupée par les Italiens, puis par les Allemands à partir de 1943. En 1942, les Italiens renforcent les défenses du col de Teghime en y construisant une dizaine de casemates. Ce sont donc eux, ennemis des Français, qui consolident l’armement du col.

En 1943, après la capitulation italienne, les casemates passent entre les mains des Allemands. La mitrailleuse installée au centre de la casemate est alors remplacée par une arme allemande.

Aujourd’hui, la végétation a repris ses droits, et les casemates du col de Teghime ont peu à peu été recouvertes par le maquis. Leur emplacement n’est désormais connu que de quelques passionnés.

L’une des casemates présentes sur le site a été restaurée et mise en valeur dans le cadre du projet de réaménagement paysager du col de Teghime, en 2022. Cette restauration permet de conserver et de transmettre la mémoire des événements qui s’y sont déroulés, en retraçant les différentes étapes de la bataille du col de Teghime d’octobre 1943, qui a permis la libération de la Corse (voir bataille de Teghime – lien). Les visiteurs peuvent ainsi déambuler à travers une partie souterraine — ancienne tranchée — et une partie aérienne, comprenant le poste d’observation et l’emplacement de l’ancien canon.

La libération de la Corse : 9 septembre – 4 octobre 1943

Le 9 septembre 1943, alors que les Anglo-américains débarquent à Salerne, la résistance corse s’insurge. L’Italie s’effondre et appelle à soutenir désormais les Alliés. Un Comité de libération est créé à Ajaccio tandis qu’à Bastia, la population se soulève. Le 12, Hitler ordonne l’évacuation de la Sardaigne et de la Corse, mais non sans prévoir une période transitoire qui doit permettre le regroupement des forces allemandes et l’évacuation des stocks. Ce plan exige la reprise du contrôle des axes routiers de la Corse. Pour les patriotes, la situation est critique. Ils sollicitent alors le soutien des forces françaises libres basées en Algérie. Mobilisés par le débarquement en Italie, les Alliés acceptent pourtant de mettre à la disposition du général Henry Martin des navires français en vue de soutenir les insurgés et d’établir une tête de pont autour d’Ajaccio.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, débarqué du sous-marin Casabianca, un détachement de 109 hommes du 1er bataillon de choc s’empare des points stratégiques de la ville et du terrain d’aviation de Campo dell’Oro. Très vite, il est suivi par 400 autres commandos et par le 1er Régiment de tirailleurs marocains (RTM). En dix jours, des éléments du 2e Groupe de Tabors Marocains (GTM), du 4ème régiment de spahis marocains, du 69e régiment d’artillerie de montagne et du 82e bataillon du génie, débarquent. La marine française engage seize bâtiments dont le croiseur Jeanne d’Arc ou le contre-torpilleur Fantasque. Bientôt, la chasse française apparaît dans le ciel méditerranéen : une escadrille de Spitfires se pose le 24 septembre sur l’aérodrome de Campo dell’Oro et assure la protection du port.

Le général allemand von Senger prépare l’évacuation de ses 30 000 hommes venus d’Afrique du nord. Le 13 septembre, Bastia est à nouveau occupée. La côte orientale est aux mains des Allemands. Coups de mains et sabotages se multiplient contre les colonnes ennemies, au point que les Allemands accélèrent leur repli. Le 18, Sartène et Zonza sont libérées. Au terme de violents combats, les commandos et les maquisards libèrent ensuite Bonifacio et Porto-Vecchio avant de remonter vers le nord. Au centre de l’île, l’ennemi est sans cesse harcelé.

En effet, le général Martin veut entrer au plus tôt à Bastia pour empêcher le rembarquement des arrière-gardes allemandes. Si quelques éléments du 1er RTM sont acheminés à Corte, les effectifs les plus importants sont acheminés directement vers le nord de l’île, notamment dans la région de Saint-Florent, libérée le 30 septembre. L’offensive sur Bastia peut débuter. Son objectif est de déborder par la montagne les Allemands qui tiennent les axes routiers et les cols y accédant. Au nord, les goumiers marocains doivent attaquer sur un axe ouest-est, de la marine de Farinole vers le col de San Leonardo, puis du sud vers la Serra-di-Pignu et la cima Orcago, dominant le col de Teghime, tandis que le 1er RTM, parti du col de San Stefano, doit rejoindre Furiani et le Monte alla Torre au sud-ouest de Teghime.

Le 30 septembre, les goumiers guidés par un jeune berger Ernest BONACOSCIA atteignent le col de San Leonardo. Redescendant vers le sud, ils arrivent sur la Serra-di-Pignu, qui domine le col de Teghime. Le général Martin obtient du général Magli l’appui de l’artillerie, des camions et des sapeurs italiens. Le 2 octobre, au prix d’importants sacrifices, le 1er RTM tient le col de San Antonio et se prépare à prendre à revers le col de Teghime pour foncer ensuite sur Furiani. Le bataillon de choc prend le contrôle du Cap Corse non sans un accrochage avec les Allemands à Cagnano. Le 4 octobre à 5h45, le drapeau tricolore flotte sur le fronton de l’Hôtel de Ville de Bastia.

La Corse est le premier département libéré à la fois par ses habitants, par des soldats français dont beaucoup sont originaires d’Afrique et par les forces alliées. Les Allemands ont enregistré des pertes sévères : près de 1000 tués, 400 prisonniers, la destruction d’une centaine de chars, de 600 pièces d’artillerie et de 5000 véhicules divers. Côté Alliés, 637 soldats italiens, 3 soldats américains, 72 soldats français et 175 patriotes ont perdu la vie.

Au terme de ces opérations, la Corse est un atout stratégique pour les Alliés. Surnommée, l’U.S.S. Corsica, elle devient un véritable porte-avions insubmersible abritant vingt-cinq pistes d’envol alliées, permettant ainsi de contrôler les liaisons maritimes et aériennes qui sont conduites en Italie du Nord ou en France méridionale.

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