Patrimonio
Présentation
Patrimonio, un village où la vigne raconte l’histoire
Patrimonio est le berceau de l’AOP viticole éponyme, avec son terroir unique et sa quarantaine de domaines, dont beaucoup en agriculture biologique. L’emblématique église San Martinu flanquée de son clocher élancé, s’élève au centre du village, sur un promontoire qui le rend visible depuis les alentours. Elle donne son nom à la fête patronale, moment fort où se mêlent partage, tradition religieuse et célébration du vin. Le paysage ponctué de « pagliaghji », « casette » et autres murets de pierre sèche, témoigne d’une tradition rurale forte et d’une dynamique viticole qui continue d’animer le territoire.
Un peu d'histoire
Patrimonio, témoin d’une histoire millénaire
Aux origines : la trace des premiers habitants
La région de Patrimonio est occupée par l’homme depuis la préhistoire, comme en témoigne la découverte faite en 1965 par Antoine et Charles Gilormini. En travaillant leur vigne à l’aide d’une charrue, au lieu-dit Nativu, ils mirent au jour la célèbre statue-menhir que chaque visiteur de Patrimonio peut désormais admirer dans le jardin Delaire, en face de l’église.
La statue-menhir Nativu, datée de l’âge du Bronze (entre 4000 et 2000 avant Jésus-Christ), mesure 2,30 mètres de hauteur et a été taillée dans un bloc de calcaire. Des sépultures ont également été mises au jour aux Catarelli à la suite d’une découverte fortuite, et des fouilles ont ensuite été engagées par l’Université de Corse.
La naissance d’un terroir viticole
L'Antiquité
L’histoire de Patrimonio est très tôt liée à la vigne. Dès l’Antiquité, les Phocéens introduisent la culture de la vigne en Corse. À Patrimonio, celle-ci trouve un terroir et un climat particulièrement propices. Cette agriculture prospère sous l’Empire romain, avant de décliner partiellement avec sa chute.
L’époque médiévale et les seigneuries locales
Les ruines du château de la Tozza, situées sur les hauteurs du village, témoignent de l’époque médiévale, durant laquelle dominaient les seigneurs de Loreto di Nebbio, les Bagnaia et les Cortinchi.
Plus tard, sous la période génoise, le château semble avoir été détruit lors de la révolte antiseigneuriale de 1357-1358. La République de Gênes, alors incapable de gérer ses conflits internes, s’intéresse peu à la Corse ; la population doit, durant cette période, endurer les troubles et l’anarchie.
Les révoltes et l’affirmation de l’identité corse
Un impôt génois jugé trop injuste déclenche, en 1729, une révolte populaire qui mènera à l’indépendance de l’île.
Un gouvernement corse voit le jour et, en avril 1736, Théodore de Neuhoff est élu roi des Corses. Il ne régnera que sept mois, jusqu’en novembre de la même année.
La République de Gênes demande alors l’aide de Louis XV en 1738. Une première intervention française en Corse a lieu en 1741, mais une nouvelle révolte des Corses pousse la France à intervenir de nouveau en 1748 pour soutenir les Génois.
Pasquale Paoli et la résistance de Patrimonio
En juillet 1755, les Corses proclament Pasquale Paoli général de la Nation corse : la Corse devient indépendante. Cette même année, Pascal Paoli est reçu à Patrimonio, dans la maison Calvelli.
Incapable de renverser le gouvernement de Paoli, Gênes sollicite à nouveau l’aide du royaume de France et signe le traité de Compiègne le 6 août 1764. La France maintient alors des troupes pendant quatre ans dans plusieurs forteresses corses (Ajaccio, Calvi, Bastia, Algajola, Saint-Florent).
Finalement, Gênes, ruinée, cède totalement sa souveraineté sur la Corse au royaume de France le 15 mai 1768. La conquête française est lancée par le comte de Vaux.
La bataille de Patrimonio : un tournant historique
Le village de Patrimonio était un lieu stratégique sur la route reliant Bastia et Saint-Florent où se trouvaient les troupes du roi de France.
Le 31 juillet 1768, les troupes françaises du général Marbeuf attaquent la maison Calvelli, où s’étaient retranchés une soixantaine de patriotes corses. Le combat dure jusqu’à la nuit. Ce n’est que le lendemain, 1er août, que le général de Grandmaison vient à bout de la résistance en faisant tirer au canon sur la maison.
La chute de Patrimonio a permis la jonction entre l’est et l’ouest et isolé le Cap Corse du reste de l’île.
Du XIXe siècle à nos jours : destins d’exil et de retour
Au cours des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, de nombreux Corses ont choisi de quitter l’île pour échapper à la misère. Certains sont revenus, comme la famille Maestracci, qui a fait construire à son retour de Porto Rico la maison dite « d’Américain » que l’on peut encore admirer aujourd’hui.
D’autres ont connu une vie héroïque loin de Patrimonio, mais sans jamais l’oublier. C’est le cas de Mihiel Gilormini, originaire de Patrimonio par son père.
Mihiel Gilormini grandit à Porto Rico en parlant toujours de son île et de son village comme de sa seconde patrie. Pilote de chasse héroïque pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’illustre par sa bravoure et son courage, ce qui lui vaut l’une des plus prestigieuses distinctions militaires américaines : la Silver Star, décernée le 6 juillet 2025, une rue du hameau ficaja à Patrimonio porte son nom, une manière de lui rendre hommage et de rappeler les liens étroits entre Patrimonio et Porto-Rico.
(Sources : association Nativu https://www.nativu.org/ ; ISTRIA Daniel, Pouvoirs et fortifications dans le Nord de la Corse XIème XIVème siècle ; SILVANI Paul, En Corse au temps de Paoli. Albiana.)
Entre clocher et vignobles : découvrez Patrimonio
Les 11 hameaux
Le hameau de Ficaja
C’est le hameau le plus élevé du village et le plus représentatif de l’architecture corse. Il est construit non loin d’une source d’eau (A Funtana Vecchia).
Le hameau de Stazzona
Stazzona signifie en corse « la forge » ou « le dolmen ». C’est un petit hameau composé de quelques maisons, situé en contrebas de Ficaja.
Le hameau de Palazzo
Palazzo signifie « palais » en corse. Il regroupe quelques maisons anciennes ainsi que de nouvelles constructions.
Le hameau de Fracciasca
Ce hameau fut pendant longtemps le fief de la famille Leandri, aujourd’hui disparue, qui donna de nombreux élus à la commune. Leur imposante maison disposait d’une chapelle privée.
Le hameau de Calvello
La famille Calvelli a donné son nom au hameau. C’est là que se dresse fièrement l’immense demeure familiale, qui accueillit le célèbre Pascal Paoli. En face de cette bâtisse se trouve la chapelle de la famille Calvelli, dédiée à la Trinité.
Le hameau de Cardeto
Sur un petit promontoire se trouve l’église Saint-Martin (San Martinu). En contrebas, au bout d’une ruelle, se trouve la maison du conventionnel Arena, opposant de Napoléon Bonaparte.
Le hameau de la Puccinasca
Les évêques du Nebbiu y avaient leur résidence d’été au XVIIᵉ siècle. La particularité de ce hameau est qu’il est divisé en deux groupements de maisons se faisant face. L’un d’eux est d’ailleurs appelé Casale.
Le hameau de Santa Maria
Ce hameau, où se mêlent habitat ancien et constructions récentes, tire son nom de la chapelle romane qui s’y trouve. Cette chapelle, dédiée à la Vierge Santa Maria Assunta, a été récemment restaurée. Elle daterait du Xe ou XIe siècle et serait contemporaine du château de la Tozza.
Les bergeries de Pigno - XVIIIe et XIXe siècles
Le bâtiment principal, en pierres sèches et de plan rectangulaire, présente deux ouvertures à chaque extrémité. Situé près du sommet du Pigno (958 m), l’ensemble pastoral, remarquable, comprend plusieurs bâtiments correspondant à toutes les fonctions nécessaires : source d’eau (fontaine, conduite), logis, bergeries, caves à fromages et couloirs de traite (còmpulu munghjitòghju).
Les bergeries accueillaient les troupeaux de brebis et quelques familles pendant l’estive. On y fabriquait du fromage ; les caves destinées à son entreposage sont encore visibles. Le site a été occupé jusque dans les années 1960 par des familles d’éleveurs de Patrimonio. On y envoyait aussi des personnes souffrant de la malaria, pour leur convalescence.
La chapelle de la Sainte-Trinité - 1730
L’édifice, construit à la demande d’un ecclésiastique membre de la famille Calvelli, est de plan rectangulaire, en moellons de cipolin et de schiste, recouvert d’un enduit ocre. L’intérieur est composé d’une nef voûtée en berceau avec lunettes, et d’un chœur à fond plat surmonté d’une voûte d’arêtes. Une corniche moulurée court sous les voûtes.
Sur l’autel figurent des armoiries représentant un arbre portant des fruits, symbole de la famille Calvelli. En dessous se trouve une fosse commune (arca). Le tableau au-dessus de l’autel représente la Sainte Trinité entourée de deux saints, dont saint Laurent.
La chapelle Sainte-Marie, dite Santa Maria Assunta - XIe siècle
L’édifice présente un plan rectangulaire sans abside, ce qui est très rare pour un sanctuaire de cette époque. La chapelle, très haute par rapport à ses dimensions au sol, est construite en appareil irrégulier : petites pierres de schiste longues et minces, associées à des dalles de parement plus larges.
On y trouve un très beau tabernacle en marqueterie de marbre, vestige du décor baroque de l’église. Une toile du XVIIe siècle, récemment restaurée et attribuée au peintre Castiglione, représente la Vierge en Assomption, entourée de saint Roch et de saint Martin.
La chapelle pourrait être liée au château médiéval de la Tozza, qui domine Patrimonio, dont il reste les bases d’une tour carrée. Elle possédait également un très bel autel baroque, aujourd’hui en mauvais état, probablement réalisé par le marbrier génois Saporito (XVIIe–XVIIIe siècles). Le tabernacle a pu être sauvé et se trouve toujours dans la chapelle.
Cet autel provenait probablement du couvent de Farinole ; il est de même facture que celui de l’église Saint-Martin de Patrimonio. À noter que l’Assomption y est célébrée de manière particulièrement solennelle. La tradition orale évoque un pèlerinage autour d’une source miraculeuse de la région ; on dit que la chapelle accueillait les voyageurs pour la nuit.
Les moulins à huile et à farine, dits Mulinu Piolaggio - 1795
L’ensemble est constitué de deux moulins situés sur les rives du Fium’Albino. Ce sont les derniers moulins que l’on rencontre en descendant ce cours d’eau. Il ne subsiste que la base des murs du premier édifice, un moulin à farine. L’autre moulin, à huile, est en meilleur état.
Le 3 octobre 1828, un recensement mentionne un moulin à farine appartenant à Jean Arena, situé au lieu-dit Pivolajo. Un autre document des années 1860 signale deux moulins à cet endroit. Le premier est un moulin à farine exploité en 1865 par Mathieu Giovanni. Il disposait d’un débit d’eau de 70 à 80 litres/seconde et d’une chute de 5 à 6 mètres. Il fonctionnait toute l’année, grâce à une paire de meules actionnées par un arbre à rouet, avec une force motrice estimée à 4 ou 5 chevaux. Le bâtiment, de plain-pied, occupait 25 m² ; il contenait les meules et l’outillage. Il valait 1 800 francs, auxquels s’ajoutaient 1 700 francs pour l’outillage.
Le deuxième moulin, à huile, est celui que l’on peut encore voir aujourd’hui. La meule retrouvée à l’intérieur est particulièrement épaisse, ce qui est caractéristique des meules à huile.
Le pont du Fium’Albino - XVIIe siècle
Ce pont enjambe le Fium’Albino, sur la route menant au couvent Saint-François de Marianda et au Cap Corse. Il est constitué d’une arche en plein cintre et est bordé de parapets. Il surplombe un large volume d’eau. On trouve de nombreux moulins le long de ce cours d’eau.
Un pont devait exister à une époque antérieure, car il se situe sur un ancien chemin important reliant Farinole au couvent Saint-François de Marianda, puis à Bastia via le col de San Leonardo. L’actuel pont est donc probablement un agrandissement ou une reconstruction du pont d’origine. Les parapets ont été reconstruits il y a une vingtaine d’années lors d’un chantier-école.